Alimentation crue chez le chien et le chat : quels risques montrent les données scientifiques ? 

Par Charlotte Devaux  - janvier 19, 2026

Vous le savez.

Chez le chien comme chez le chat, l’alimentation crue (BARF, rations crues industrielles ou maison) soulève aujourd’hui des questions sanitaires documentées par la littérature scientifique.

Le vrai sujet, ce n’est pas de savoir si le cru est risqué.
C’est de savoir comment l’expliquer aux propriétaires sans entrer dans un débat stérile.

Parce que dire “ce n’est pas recommandé” ne suffit plus.
Parce que dire “c’est dangereux” sans chiffres ne convainc personne.
Et parce que, face à un discours très émotionnel autour du “naturel”, il faut autre chose que de l’intuition professionnelle.

Il faut des données et des chiffres.

Et c’est exactement ce que permet la littérature scientifique.

ℹ️ À retenir
  • Jusqu’à 45 % des rations crues industrielles sont contaminées
  • La viande crue pour consommation humaine n’est pas stérile
  • L’acidité gastrique ne protège pas
  • Le risque concerne aussi les humains du foyer

Pourquoi l’alimentation crue pose question

L’alimentation crue (BARF : rations crues industrielles ou maison) repose souvent sur une idée simple :

<img draggable= plus naturel = plus sain.

Le problème, ce n’est pas l’intention.
Le problème, ce sont les données sanitaires réelles.

Car la viande crue est, par définition, un aliment fréquemment contaminé.
Et la littérature scientifique est remarquablement cohérente sur ce point depuis plus de 20 ans.

Rations crues industrielles : que disent les études scientifiques ?

Lorsqu’on analyse les études publiées ces deux dernières décennies sur les rations crues commerciales pour chiens et chats, les chiffres sont sans ambiguïté :

  • 35 à 45 % des rations crues industrielles contiennent des bactéries pathogènes (Salmonella, Listeria, Escherichia coli)
  • Jusqu’à 80 % contiennent des entérobactéries, dont une part importante résistantes aux antibiotiques
  • Dans certaines études, plus d’une ration sur deux est positive à Listeria monocytogenes
Comparaison avec les croquettes

Dans les études portant sur les aliments cuits extrudés :

  • Environ 0,3 % des croquettes analysées présentent une contamination bactérienne.

Le cru n’est donc pas “un peu plus risqué”. Il est 100 fois plus contaminé.

Et le cru “maison” avec de la viande pour consommation humaine ?

C’est une idée très répandue : « Je prends de la viande pour humains, donc c’est plus sûr. »

Là encore, les chiffres racontent une autre histoire.

Dans les études portant sur la viande destinée à la consommation humaine :

  • Jusqu’à 70 % des viandes de poulet vendues sont contaminées par Campylobacter
  • Une part non négligeable est également positive à Salmonella

Ces viandes sont considérées comme sûres après cuisson, pas crues.

Utilisées telles quelles dans une ration crue maison, elles exposent donc l’animal – et son environnement – à un risque microbiologique réel et documenté.

Le mythe du pH gastrique

Un argument revient systématiquement :

« Le pH de l’estomac tue les bactéries. »

Non.

Et c’est probablement l’un des mythes les plus dangereux autour de l’alimentation crue.

Les données montrent que :

  • Les bactéries survivent très bien au passage gastrique
  • Elles colonisent ensuite l’intestin
  • Elles sont excrétées dans les selles

Conséquences observées :

  • des animaux porteurs sains
  • une contamination de l’environnement domestique
  • une exposition involontaire des humains du foyer

Les chiens nourris au cru ont ainsi jusqu’à 30 fois plus de risque d’excréter des salmonelles que ceux nourris avec des aliments cuits.

Pourquoi l’alimentation crue est aussi un enjeu de santé publique

À ce stade, le sujet dépasse largement la gamelle.

L’alimentation crue devient un enjeu de santé publique, notamment dans les foyers où vivent :

  • des enfants
  • des personnes âgées
  • des femmes enceintes
  • des personnes immunodéprimées

Les bactéries multirésistantes ne s’arrêtent pas à l’animal : elles circulent dans l’environnement du foyer.

Le rôle clé des professionnel·les

Les propriétaires qui donnent du cru ne le font pas “pour faire n’importe quoi”.

Ils pensent bien faire. Ils cherchent le “plus sain”.

Le rôle des professionnel·les n’est pas de juger. Notre rôle est d’expliquer que :

  • le risque n’est pas théorique
  • il est solidement documenté
  • il concerne aussi les humains du foyer
  • il existe des alternatives beaucoup plus sûres, sans renoncer à la qualité nutritionnelle

Aller plus loin : se former pour convaincre sans braquer

Dans les formations Arginine, un cours complet est dédié aux bénéfices et aux risques de l’alimentation crue, avec :

  • les chiffres précis issus de la littérature scientifique
  • les études clés à connaître
  • des arguments pédagogiques utilisables en consultation
  • des réponses claires aux objections les plus fréquentes

L’objectif n’est pas de faire peur. Mais de donner les bons mots et les bons chiffres pour informer avec justesse.

En résumé

  • Le cru est fréquemment contaminé, industriel comme maison
  • Le risque est quantifiable, pas hypothétique
  • L’acidité gastrique ne protège pas
  • Les conséquences dépassent l’animal seul

Quand on met des chiffres sur le risque, la discussion change.


Références scientifiques

Les données présentées dans cet article s’appuient sur plus de vingt ans de publications scientifiques évaluant la contamination microbiologique des aliments crus pour chiens et chats, ainsi que les risques associés pour les animaux et les humains.

Les références scientifiques citées ci-dessous sont issues de revues à comité de lecture et constituent la base des données présentées dans cet article.

Catégorie Référence Sujet principal Lien
Contamination des aliments crus industriels Weese JS et al. (2005) Évaluation bactériologique de rations crues commerciales pour chiens et chats Voir l’étude
van Bree FPJ et al. (2018) Bactéries et parasites zoonotiques dans les régimes crus Voir l’étude
Morelli G et al. (2020) Contamination microbienne d’aliments crus achetés en ligne Voir l’étude
Vecchiato CG et al. (2022) Qualité nutritionnelle et hygiénique des aliments crus commerciaux Voir l’étude
Morgan G et al. (2024) Entérobactéries et résistance aux antibiotiques (cru vs croquettes) Voir l’étude
Rations crues maison et viande pour consommation humaine Joffe DJ & Schlesinger DP (2002) Risque de Salmonella chez les chiens nourris au poulet cru Voir l’étude
Meldrum RJ & Wilson IG (2007) Salmonella et Campylobacter dans le poulet cru vendu au détail Voir l’étude
Solís D et al. (2022) Comparaison microbiologique entre aliments crus et extrudés Voir l’étude
Survie bactérienne, excrétion et risques pour le foyer Lefebvre SL et al. (2008) Excrétion de pathogènes chez les chiens nourris au cru Voir l’étude
Viegas FM et al. (2020) Excrétion fécale de Salmonella chez les chiens nourris au cru Voir l’étude
Baede VO et al. (2017) Alimentation crue et excrétion d’Entérobactéries BLSE chez le chat Voir l’étude
Martins LR et al. (2013) Transmission d’E. coli multirésistants entre animaux, humains et surfaces
Cas cliniques et maladies associées Martinez-Anton L et al. (2018) Campylobacter et polyradiculonévrite aiguë chez le chien Voir l’étude
Jones JL et al. (2019) Séquençage génomique confirmant l’origine alimentaire des pathogènes Voir l’étude
O’Halloran C et al. (2020) Tuberculose féline associée à une alimentation crue commerciale Voir l’étude
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Charlotte Devaux

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