Faire des aminogrammes mesurés de ses produits, savoir les interpréter et formuler en fonction, c’est un vrai signe de compétence technique d’une marque. Je l’ai dit et répété : on s’en fout du pourcentage de protéines ce qu’on veut c’est le pourcentage en acide aminés essentiels donc c’est pas la quantité qui compte c’est l’aminogramme.
Résultat logique : tout le monde s’est mis à réclamer l’aminogramme de sa marque de croquettes préférée. Sauf que ça coince à deux endroits.
Ou trouver l’aminogramme d’une croquette ?
Un. Aucune marque ne va vous le donner. L’aminogramme c’est un peu comme la recette du Coca Cola. C’est secret défense pour pas que Pepsi la pique.
Deux. Même en l’obtenant, qu’est-ce que vous en feriez ? Interpréter un aminogramme, c’est un métier et le réclamer sans pouvoir l’exploiter, c’est demander la carte au trésor sans savoir lire une carte.
Alors on fait comment ? On change de question. Plutôt que « qui va me donner son aminogramme », la bonne question, c’est « qui fait vraiment de la recherche, et quelles infos accessibles le prouvent. »
Qui fait vraiment de la recherche sur les croquettes ?
Faire de la recherche fondamentale sur le petfood, ça coûte une fortune. Il faut un centre de R&D, des animaux hébergés dans de bonnes conditions pour mesurer une digestibilité réelle (pas prédite, mesurée sur de vraies selles) et des publications relues par un comité de lecture. Peu de marques ont les moyens de jouer à ce niveau.
Les quatre marques avec un centre de recherche propre
Par ordre alphabétique : Affinity, Hill’s, Purina (Pro Plan), Royal Canin. Ce sont les seules, à ma connaissance, qui disposent d’un centre de R&D leur permettant de mener de la recherche fondamentale et de publier dans des revues scientifiques.
Les marques qui testent, sans publier de recherche fondamentale
Specific et Virbac ne publient pas d’études fondamentales, au mieux quelques posters présentés en congrès, mais réalisent quand même les analyses qui comptent : digestibilité, impact sur la santé urinaire. C’est un cran en dessous des quatre premières, mais ça reste un vrai gage de sérieux.
Le document que les vétérinaires reçoivent : le product book
Puisque l’aminogramme reste hors de portée, il existe un document beaucoup plus facile à obtenir et à exploiter : le product book.
C’est un document technique transmis aux professionnels, qui contient souvent :
- la digestibilité mesurée (pas estimée)
- le détail complet des vitamines et minéraux
- la teneur en amidon et en fibres totales
- le ratio de sursaturation urinaire
L’intérêt du product book, c’est qu’il est directement comparable aux données de référence. Et surtout une marque qui est capable de sortir un product book c’est une marque qui fait des analyses extensives de ses produits. Et donc qui sait exactement ce qu’il y a dedans en pratique (et pas en théorie).
Ce qui définit « 100 % des besoins couverts »
Le product book vous donne les chiffres bruts de digestibilité, de vitamines, de minéraux. Mais pour savoir si ces chiffres suffisent réellement à couvrir les besoins d’un chien ou d’un chat, il faut un référentiel auquel les comparer. Ce référentiel existe, il est public, et il porte un nom précis : les FEDIAF Nutritional Guidelines.
Ce sont les recommandations nutritionnelles de la Fédération européenne de l’industrie du petfood, actualisées chaque année à partir d’une revue de la littérature scientifique et validées par un comité scientifique indépendant. Elles fixent, nutriment par nutriment, les teneurs minimales et maximales à respecter selon l’espèce et le stade physiologique. C’est cette grille-là qu’on pose à côté des données du product book pour juger si une formule couvre vraiment les besoins
En résumé
Chasser l’aminogramme d’une marque, c’est courir après un document que vous n’obtiendrez pas et que vous ne sauriez probablement pas exploiter seul·e si vous l’obteniez. La vraie question à poser n’est pas « donnez-moi votre aminogramme » mais « publiez vous dans des revues à comité de lecture et pouvez-vous me montrer votre product book. » C’est cette information-là qui permet de juger le sérieux d’une marque.
Si vous voulez aller plus loin sans passer 12 ans à visiter des usines, rencontrer des formulateur·ices, des ingénieur·es agro, des profs et des gens de la DGCCRF… j’ai résumé tout ce que je savais sur comment savoir à quelle marque on peut faire confiance dans une formation Truffe Campus baptisée « Choisir une bonne marque ».
12 ans d’apprentissages résumés en 1h de vidéos courtes que vous pouvez regarder sur votre canapé avec votre chat sur les genoux. Et en bonus j’ai mis une analyse des 17 marques qu’on m’a le plus cité.


