Madame, Monsieur,
Je suis récemment allée dans une de vos enseignes et j’ai constaté la présence de congélateurs vendant des produits industriels à base de produits animaux broyés crus.
Vous n’ignorez certainement pas que la réglementation vous impose, en tant que distributeur, de vous assurer que les denrées que vous commercialisez sont sûres et saines pour les animaux qui les consomment.
Vous ignorez peut-être en revanche l’étendue de la littérature scientifique vétérinaire documentant la contamination de ce type de produits crus industriels par des bactéries multirésistantes et des agents zoonotiques et les conséquences que cela peut avoir pour les animaux eux-mêmes.
Au Royaume-Uni, un foyer de tuberculose féline a été directement associé à un aliment cru commercial à base de gibier non inspecté, touchant plusieurs dizaines de chats avec un taux de mortalité élevé chez les cas cliniques. Aux États-Unis, plusieurs marques de pet food cru ont été testées positives au virus de la grippe aviaire H5N1 après que des chats en soient morts, entraînant des rappels en cascade. Dans l’un de ces cas, un professionnel vétérinaire ayant soigné un chat contaminé a lui-même présenté une séroconversion confirmée au virus.
À ce risque sanitaire s’ajoute un problème d’étiquetage, que j’ai pu constater directement sur vos produits. Le règlement (CE) n° 767/2009, qui encadre la mise sur le marché des aliments pour animaux, impose que le type d’aliment, complet ou complémentaire, figure clairement sur l’emballage. Sur le produit destiné aux chiens, cette mention était purement absente. Sur celui destiné aux chats, l’étiquette affichait « aliment complet », alors que la composition listée ne permet pas d’assurer les apports en minéraux et vitamines indispensables (notamment manganèse, sélénium, vitamine D, vitamines du groupe B, iode) qu’un tel statut suppose. Or afficher « aliment complet » sur un produit qui ne l’est pas, constitue une allégation trompeuse pour le consommateur.
Ces deux problèmes, sanitaire et réglementaire, ne sont pas anodins pour vous non plus. En commercialisant des produits issus de fournisseurs qui ne respectent pas cette réglementation, vous engagez votre propre responsabilité de distributeur. Une enseigne de l’envergure de la vôtre devrait, me semble-t-il, apporter une vigilance particulière aux fournisseurs qu’elle référence et à leur conformité.
En tant que vétérinaire sanitaire, je me devais de vous en informer. Le constat fait dans votre magasin, mis en regard de ce que documente la littérature scientifique, m’empêche de dormir tranquille à l’idée que des chats puissent continuer à mourir ou à tomber gravement malades parce que chacun aura ignoré les risques associés à une viande crue mal maîtrisée.
Si vous tenez à proposer ce type de produit, porté par l’engouement actuel pour l’alimentation crue, je vous invite a minima à vous assurer auprès de vos fournisseurs que des contrôles sanitaires sont effectués sur les produits finis et que les produits sont réellement nutritionnellement complets et couvrent bien tous les besoins nutritionnels définis par la science et consignés par la FEDIAF dans ses guidelines.
Si demain un chat venait à mourir ou un humain à être contaminé à cause de l’un des produits que vous commercialisez, vous ne pourrez pas dire que vous n’étiez pas informés.


