Il y a quelques semaines, un éleveur de Maine Coon a posté une vidéo qui a fait plusieurs millions de vues. Son message : donner des glaçons à son chat serait dangereux. Une vétérinaire lui a répondu en public que c’était faux.
Plutôt que de revoir sa position, l’éleveur est parti chercher des renforts et a filmé des témoignages de vétérinaires censés appuyer sa thèse.
Voici ce qu’il disent :
- « ça peut provoquer des gastrites »
- « ca cause de gros soucis digestifs, des diarrhées, de l’abattement par douleur »
- « c’est pas bon pour les muqueuses »
- « ca n’existe pas dans la nature »
- « ca cause des chocs thermiques »
Cinq témoignages, presque les mêmes mots, aucune source citée. Qui croire ? Comme toujours : celles et ceux qui ont des données scientifiques pour étayer ce qu’ils racontent.
On reprend donc la question depuis le début : Peut-on donner des glaçons à son chat sans risque ?
PS: la vidéo a été retirée. Peut être parce qu’elle était fausse, peut être parce que les vétérinaires se sont aperçus qu’elle n’était pas conforme au code de déontologie, on ne le saura jamais…
Glaçons et hydratation du chat : ce que dit vraiment la science
A ma connaissance, une seule étude a testé concrètement l’effet de glaçons dans la gamelle des chats en 2023. Huit chats ont reçu une semaine de l’eau à température ambiante, une semaine de l’eau avec quatre glaçons ajoutés trois fois par jour. Résultat, la consommation d’eau est passée de 142 à 204 ml/kg par jour. Aucun effet secondaire rapporté mais une augmentation de la consommation d’eau de 43%. En ces temps caniculaire, on aime.
Glaçons, troubles digestifs et gastrites : d’où sort cette histoire ?
Cette affirmation a un petit côté scientifique de façade qui mérite d’être déboulonné précisément. Il existe une vraie littérature sur l’eau froide et les lésions gastriques, publiée notamment chez le rat.
Alors oui si vous tenez fermement un rat et que vous le trempez dans l’eau glacée il aura des contractions gastriques violentes (et de nombreux autres problèmes très graves).
Mais transposer ce modèle à un chat qui boit volontairement de l’eau fraîche dans sa gamelle, c’est confondre siffler un mojito et se noyer en antarctique.
Aucune étude chez le chat ne documente de gastrite, de diarrhée ou d’abattement douloureux lié à l’ingestion de glace ou d’eau froide.
Glaçons et choc thermique : le vrai et le faux
Le choc thermique existe bel et bien en médecine vétérinaire, mais pas dans ce contexte-là. Il est documenté pour le refroidissement externe brutal d’un animal en coup de chaleur. En gros si vous sortez un chien d’une voiture en plein soleil et que vous le plongez dans un bain d’eau glacé, ca va mal se passer. Mais il n’y a aucun cas rapporté de choc thermique en buvant de l’eau avec 4 glaçons qui flottent.
« Ça n’existe pas dans la nature » : l’argument qui ne prouve rien
Cet argument ne prouve rien en soi : les Maine Coon non plus ca n’existe pas dans la nature et personne ne s’en sert pour les disqualifier.
Ensuite, même sur son propre terrain, l’argument ne tient pas. Un chat sauvage croise très régulièrement de l’eau froide : je vous invite à venir vous baigner dans un ruisseau de montagne, même en pleine canicule, c’est… revigorant. Donc si vous êtes un chat à Val d’isère vous buvez très régulièrement froid (mais vous n’avez pas de gastrite chronique pour autant)
Glaçons et dents : le seul vrai risque chez le chat
S’il y a un point de vigilance réel, il est mécanique et il concerne les dents, pas le système digestif. Une étude rétrospective parue en 2015 a analysé 959 lésions dento-alvéolaires chez 660 chiens et chats : la mastication d’objets trop durs ressort comme une cause majeure de fracture dentaire. Les dentistes vétérinaires citent d’ailleurs explicitement le glaçon dans leur liste d’objets à proscrire au test de l’ongle, qui consiste à vérifier qu’on peut marquer l’objet avec l’ongle avant de le laisser dans la gueule d’un animal.
La nuance, c’est que ces données concernent surtout le chien, qui mâchonne plus volontiers un glaçon entier que le chat, lequel a plutôt tendance à le pousser, le lécher ou jouer avec. Il n’y a aucune série de cas chez le chat spécifiquement liée aux glaçons. Le mécanisme reste transposable puisque l’émail félin n’est pas plus résistant que l’émail canin, mais le risque dépend entièrement du comportement de l’animal devant son glaçon.
Glaçons pour chat : alors, on en donne ou pas ?
Augmenter la prise de boisson de votre animal de 43% sans aucun effet secondaire connu? On prend. Mettez des glaçons dans sa gamelle tout l’été!
Et pour mettre des connaissances scientifiques dans votre gamelle et ne plus diffuser de fausses informations convaincantes il y a les formations Arginine!



